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Only God forgives – de l’onirisme de la nuit thaïlandaise à l’hémoglobine.

Only God forgives – de l’onirisme de la nuit thaïlandaise à l’hémoglobine.

J’étais franchement enthousiaste à aller voir ce film plein de promesses. En grande fan incontestée de Ryan Gosling et l’atmosphère envoutante et de la profondeur des personnages de Drive, je vous laisse imaginer mon excitation à sa sortie. Je suis donc allée voir ce que ce film avait dans le ventre mercredi, jour de sa sortie en salle.

Le pitch

À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics …

Mon avis

Tout comme Drive auparavant ne vous laissez pas avoir par le pitch du film. On pourrait croire que celui-ci est un film d’action mais non, du tout ! La véritable intrigue de ce film repose sur une invitation à un voyage spirituel. Ce qui fait que si vous n’êtes pas prêt à faire ce « voyage » vous risquez d’être fortement déçu.  Le duo de choc, Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling, nous emmène dans un voyage étrange, violent et spectaculaire en enfer.

Et je dois admettre que Winding Refn sait rendre joli ce qui ne l’est pas, telle que la violence. La mise en scène, l’éclairage exquis, la réalisation, les couleurs, les gros plans somptueux sont parfaits. Et font davatange ressembler cette œuvre à un album photos pop-art qu’à un film de divertissement. Toute la scénographie est parfaitement étudiée et est joliment sublimée par un travail sur le son, avec des pulsations soulignant la chorégraphie précise des meurtres et combats. Le son de l’épée de samurai  de Chang qui coupe et traverse l’air putride ajoute un ton viscéral au film. Les Karaokés quant à eux sont bien pensés et placés de telle sorte qu’ils offrent un moment de répit entre les scènes un peu violentes et gores. Bref, grâce à la mise en scène soignée et à l’esthétisme tendanciellement rouge bien maîtrisé de Winding Refn, la tension du film augmente  avec une telle habileté consommée, qu’il serait dommage de ne pas le souligner en point fort.

Le problème est que Winding Refn s’est attaché a une telle expertise technique dans la réalisation, la mise en scène et le son qu’il en oublie un peu (beaucoup) le fond. Peu de personnes vont aller au delà de la surface tant il est difficile de l’accompagner dans son voyage.  La technicité d’un film ne fait pas tout, il faut savoir installer quelques pré-requis afin que le spectateur soit apte à suivre et comprendre le film.

Only God forgives souhaite être un drame humain qui tourne autour d’un classique et mille fois vu complexe d’Œdipe. C’est donc un récit à base d’amour maternel et de tensions sexuelles mal-placées entre Ryan Gosling et Kristin Scott Thomas – tout bonnement époustouflante dans le rôle de la mère incestueuse et cagole. Ce qui est dommage c’est qu’on nous dit qu’elle est déçue de lui, et qu’il veut gagner son respect et son amour : mais tout cela nous est dit de façon manifeste au moins trois fois dans le film, plutôt que de le faire comprendre aux spectateurs par des actions appropriées ou par quelque chose de semblable à un dialogue. Bref, je trouve que les raccourcis empruntés pour la compréhension de l’histoire desservent grandement le film !

Nicolas Winding Refn oublie ou ignore qu’il faut à un moment donné réellement caractériser les personnages. Il perd Gosling dans une mythification, laissant ses lignes à un absolu minimum, presque comique, le regard perdu sans aucune raison. Ryan Gosling peut avoir un visage humain et peut parfois prononcer des mots – ce qui implique qu’il est une personne avec des pensées et des émotions – mais en réalité il n’est qu’un des nombreux accessoires dont Winding Refn se sert pour organiser sa tuerie sanglante sous un éclairage au néon. C’est là que l’impénétrabilité de Gosling devient un handicap pour le film, étant donné que les spectateurs doivent chercher difficilement des indices quant à ce que pensent, ressentent les personnages afin de pouvoir investir un tant soit peu leur voyage. C’est dommage parce que s’il avait fait le choix de jouer ne serait-ce qu’un tantinet avec les émotions, le film aurait pu être ancré dans quelque chose de plausible et de reconnaissable. Quels que soient les défauts de l’enchaînement de l’histoire, il y aurait au moins eu un récit qui aurait donné aux personnages une impulsion à leurs actions.

Verdict ?

Je me rends compte que je ne suis sûrement pas le public cible de ce film: le spectacle d’un bon meurtre/ torture ne m’amuse pas. Cependant, ce film est une expérience visuelle, dans le sens où celui-ci est très beau, mais il est, d’une certaine manière, également trop insistant dans ses plans, à la limite du pédant ! L’intrigue taquine, mais le script est tellement rare qu’il est presque inexistant et le rythme laborieusement lent de Refn est presque une provocation anti-divertissement à lui tout seul. Mais il faut reconnaître que le contrôle de la cinématique, de la conception sonore et son regard artistique plairont aux spectateurs désireux de trouver là un film dramatique d’une grande noirceur, ayant une élégance pure.

Les visuels sont superbes, mais le rythme et les plans qui s’attardent donnent l’impression  d’un film autiste, propulsé par la couleur et les formes mais sans la possibilité de se connecter aux personnages ou à l’histoire. Et c’est de là que vient le malaise, car clairement Refn s’est fait plaisir, mais il se fait plaisir tout seul. Ce n’est pas un film tourné vers le public. Le coté comique dans tout ça, c’est que Nicolas Winding Refn nous avait prévenu à travers cette scène de début du film : quand nous regardons une jeune fille se masturber pendant que Ryan regarde, attaché à une chaise. Oh, quelle  parfaite analogie pour l’ensemble du film !

 

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Comments (6)

  1. auroreinparis 6 années ll y a

    J’aime le beau, et j’aime bien Ryan Gosling, mais avec ta critique qui me parle de scénario tout vide, je vais reconsidérer la question. Je suis un peu déçue par les avis que j’ai lu partout, je ne sais pas si je vais garder ce film en top de ma To do list ciné.

    • Auteur
      Asuka 6 années ll y a

      Franchement je ne regrette pas de l’avoir vu ! Le voyage ne dure que 90 min donc ça passe bien tout de même. Mais voila, personnellement, je ne trouve pas que ce soit un film « réussi ». :) Après chacun sa sensibilité, peut être que tu sauras l’apprécier ! Garde le en top de ta To do list ça serait dommage de passer à coté ! 😉

  2. Nyx 6 années ll y a

    Super critique même si je ne suis pas d’accord avec tout ! Pour ma part j’ai été éblouie, comme toujours, par cette création (et j’insiste sur ce mot) de NWR.

    Nous avons semble t-il compris le film de la même manière (preuve qu’il n’est pas si difficile à saisir), je m’étonne du coup que tu dises qu’il en « oublie un peu le fond ». Je pense que le mot « oublier » n’est judicieux du moins. NWR est un sale gosse certes mais un sale gosse perfectionniste. Rien n’est laissé au hasard et surtout pas l’histoire. Il a juste recours à un cinéma symbolique, auquel nous spectateurs lambdas, ne sommes pas habitués, d’où ce sentiment de scénario creux alors qu’il n’en ait absolument rien. Il donne pile poil le nombre d’infos nécessaires dans ses dialogues et ensuite nous emmène dans une psychanalyse cinématographique au gré des indices laissés dans la photographie.

    Pour moi, au contraire, son film est d’une densité scénaristique exceptionnelle.

    • Auteur
      Asuka 6 années ll y a

      Merci beaucoup de ton commentaire et de ta vision très intéressante du film. 😀 Ce qui m’a finalement le plus déçue dans ce film ce sont les raccourcis que NWR fait lorsque cela l’arrange. J’aurais apprécié rentrer davantage dans la psychologie des personnages ! Enfin bref, cela reste mon avis :)

  3. Farfadette 6 années ll y a

    Pfiou la première photo m’a donné un coup au coeur dis donc xD Ca m’a surprise !
    Lui aussi il complète le lot « de mes potes » mais moins que Léo !!

    Sinon Je pense que le film me plairait justement car cela reste un film lol En vrai ca ne serait vraiment pas ma tasse de thé

    • Auteur
      Asuka 6 années ll y a

      Ah nous avons donc un pote en commun car je suis très proche de Ryan vois-tu 😉
      Franchement il faut aller le voir ne serait-ce que pour la claque visuelle et la scénographie parfaite ! Mais voila après l’avoir vu au cinéma je ne pense pas le reregarder avec plaisir !

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